Utopie moderniste

 Patricia Lunghi
28. Juni 2018
Image : Anne-Laure Lechat
Un team pluridisciplinaire helvétique s’engage dans un projet de rénovation de pavillons modernistes sur l’île de Tenerife.
Situé en contrebas du volcan Teide, La Orotava est une commune de la province de Santa Cruz de Tenerife, dans les îles Canaries. Situé à 390m d’altitude, son centre fut déclaré en 1976 « ensemble historique et artistique »  pour ses constructions seigneuriales parfaitement conservées. A quelques kilomètres de là, le quartier Urbanisation Humboldt abrite un lot de maisons qui se distingue des habitations typiques de l’île. L’ensemble moderniste bâti dans les années 1960-1970 sous l’impulsion d’un propriétaire allemand féru d’art et d’architecture présente des qualités spatiales et une insertion dans l’environnement naturel exceptionnel. Adossées aux falaises volcaniques et entourées d’une végétation luxuriante, les constructions offrent un dégagement vers l’océan et une vue imprenable sur le Teide. Malheureusement cette mini-utopie s’est vite morcelée, les lots se sont divisés et les multiples propriétaires ont transformé les bâtiments modernistes en un village disparate. Les toits plats se sont coiffés de chapeaux de tuiles rustiques et dans certains aménagements, les murs blancs s’ornent désormais de fausses briques décoratives.
Image : Jacques Metzger
De cet ensemble de pavillons aux volumes généreux cinq font aujourd’hui partie du catalogue de l’agence Dreamliving. Lorsque sa fondatrice Ruth Ruttimann découvre l’endroit en 2000, un lot de maisons est en vente. Immédiatement séduite par ce lieu atypique à la position idéale et mue par le désir de faire partager son amour pour Tenerife, elle acquiert progressivement cinq pavillons qu’elle entreprend de rénover.
 
Préserver l’existant
Dreamliving mandate alors Christophe Fouad de Nor Architectes à Lausanne pour étudier la transformation. Le duo décide de révéler les constructions existantes et de travailler à leur mise en valeur. Le terrain est aplani, les matériaux intérieurs et extérieurs sont uniformisés. Pour le réaménagement des espaces extérieurs, la végétation omniprésente autour des maisons est sélectionnée afin de libérer les terrasses ; des zones végétales sont laissées libres à certains endroits et maîtrisées à d’autres, dans un équilibre subtil entre nature et architecture.
 
De la même manière, les espaces intérieurs privilégient l’existant et préservent la logique spatiale d’origine, les circulations et les ouvertures. Orientées vers l’extérieur, les maisons offrent désormais un accès direct aux terrasses et aux jardins depuis les chambres grâce à de larges baies vitrées ouvertes sur la vallée et sur l’océan. Valorisé avec élégance, chaque pavillon présente une homogénéité et une linéarité commune, laissant ainsi l’attention du visiteur se tourner vers le paysage. Côté déco, les aménagements sont minimalistes avec du mobilier blanc qui tranche avec la nature environnante et la végétation luxuriante des jardins.
Image : Jacques Metzger
Interventions artistiques
Baptisé « CarréBlanc/CarréNoir », le dernier pavillon acquis par Ruth Ruttimann est composé de deux maisons construites en miroir longitudinal. Dans le cadre de la rénovation, l’architecte Christophe Fouad a invité le designer Adrien Rovero à intervenir dans un espace perdu : le corridor qui relie les deux habitations. En écho au volcan à proximité, le projet imaginé par le designer lausannois s’intitule « Tenerife Lava ». Avec la terre volcanique noire comme concept de base, l’intervention passe par l’intérieur et se poursuit à l’extérieur – ou l’inverse – et court le long du mur blanc en redessinant les contours en contraste. Au sol, un jeu de courbes sinueuses qui produit un effet miroir entre l’intérieur et l’extérieur de la maison, d’un côté un tapis et de l’autre de la pierre de lave concassée appelée picon. Sur le mur extérieur sont fixés des luminaires dessinés sur mesure qui se hissent pour diffuser leur éclairage à l’intérieur à travers une série de hublots. Un beau jeu de reflets et d’ombres anime cet espace de transit et donne envie d’y rester, notamment grâce aux bancs en caoutchouc recyclé. Cette installation a donné lieu à une recherche sur la pierre de lave volcanique, présentée par Adrien Rovero dans le cadre de la participation suisse à la Biennale de design de Londres en 2017.
Image : Jacques Metzger
A l’extérieur, comme des sentinelles qui veillent sur le lieu, se dressent fièrement face à la vallée deux grands mobiles métalliques qui tournent au gré du vent et jouent avec la nature environnante. Construits en feuilles d’acier inox découpées comme un puzzle, chaque pièce s’enchasse sur un mât central. Ces sculptures à la fois hypnotiques et méditatives ont été commissionnées par le premier propriétaire des lieux puis restaurés. Ils sont l’œuvre du sculpteur Adrian Ibanèz, élève du célèbre artiste César Manrique, ardent défenseur de la nature de Lanzarote, autre île volcanique de l’archipel des Canaries proche de Tenerife. Tout au long de sa vie, Manrique s'est engagé pour la conservation de l'identité culturelle et des paysages de son île natale. Ce que fait à sa manière le team suisse à Tenerife.

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