Un remontage aiguillé

Joanie Goulet
16. marzo 2020
Photo : Lionel Henriod

Une vieille halle ferroviaire datant de la construction des premiers tracés de chemins de fer du canton de Fribourg a été déplacée de Châtel-Saint-Denis à Montbovon.

Châtel-Saint-Denis a maintenant sa nouvelle gare qui permet de relier un peu plus rapidement Bulle et Palézieux et dont l’accessibilité est désormais conforme à la Loi sur l’égalité pour les handicapés (LHand). Sur le site de l’ancienne gare, un grand et dense projet immobilier prendra place. Une association œuvrant dans la restauration du patrimoine ferroviaire des transports publics fribourgeois y occupait une vieille halle. Leur bâtiment était voué à disparaître mais sa structure porteuse était recensée au registre des biens culturels du canton. Témoin de l’époque industrielle qui vit le premier tracé de chemin de fer dans la région, la charpente bois-métal d’origine date de 1903. Allant au delà de la simple sauvegarde, cette charpente a profité d’une remarquable et particulière mise en valeur. 

Photo : Lionel Henriod
Photo : Lionel Henriod

Il est assez étonnant de déplacer un objet patrimonial de cette taille mais ce fut l’option retenue. Le propriétaire de la halle, les transports publics fribourgeois (TPF), a décidé de conserver uniquement la charpente et a mandaté le bureau RBCH architectes pour reconstruire à partir de celle-ci une nouvelle halle à Montbovon, quarante kilomètres plus loin. Dans ce village des préalpes fribourgeoises situé au fond de la vallée de l’Intyamon, les chutes de neige sont historiquement généreuses et la charpente a du être renforcée pour soutenir les charges locales supplémentaires. Devant ces contraintes, les architectes ont réalisé un harmonieux projet qui réussi à mettre en valeur les éléments patrimoniaux. De nouvelles fermes composées d’arbalétriers en sapin lamellé-collé triangulés par des tirants métalliques se situent au plus près de la toiture. Cette position permet de diminuer leur impact visuel par rapport aux anciennes fermes entre lesquelles elles sont insérées. On retrouve donc en premier plan l’ancienne charpente bois-métal noircie par le temps et dans un second plan la nouvelle charpente et le plafond en sapin non traité. Seules les trois voies ferrées au sol offrent un contraste similaire avec les nouveaux éléments de construction. Comme pour la toiture, les murs sont aussi composés de bardage en sapin brut qui sont posés sur des arases en béton. Le tout s’inscrit dans les proportions volumétriques et dans la modénature des façades de l’ancienne halle. La fonction du bâtiment reste inchangée et correspond aux activités de l’association GFM Historique (Gruyère-Fribourg-Morat). Au fond de la halle, les architectes ont inséré un nouveau bloc de deux étages en béton apparent qui s’impose quant à lui comme définitivement contemporain. Celui-ci abrite l’atelier bois et l’atelier métal des restaurateurs de wagons et locomotives. Dans son ensemble, ce projet de déplacement aura permis de reconstruire une halle bien plus qualitative qu’à l’origine, qui respecte dans les grandes lignes la matérialité de l’époque et qui s’implante habilement sur un site au riche passé ferroviaire. 

Photo : Lionel Henriod

La gare de Montbovon relie les voies métriques des chemins de fer du MOB (Montreux Oberland Bernois) et des TPF (Transports publics fribourgeois). Véritable plaque tournante touristique, quelques autres récents projets autour de cette gare offrent un vent de fraicheur à ce lieu longtemps délaissé. Suite au concours de projets remporté en 2016 par le bureau RBCH architectes, un passage sous voies et de nouvelles marquises furent réalisés l’an dernier. Les mêmes architectes sont aussi en train de restaurer le bâtiment de type « gare-chalet » et un tea-room devrait ouvrir ses portes à l’été 2020. A voir si les touristes asiatiques seront au rendez-vous.

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